Ryadh Sallem : «On est tous des handicapés en sursis»

Ryadh Sallem : «On est tous des handicapés en sursis»

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Invité des Rencontres du Crédit Agricole sur le thème «Handicap et préjugés, parlons-en !», Ryadh Sallem a raconté son expérience de chef d’entreprise et sportif de haut niveau.

Un look à la Yannick Noah avec ses dreadlocks, sa couleur de peau caramel tunisien (d’où il est originaire) et sa décontraction. Sportif, Ryadh Sallem l’est aussi, de haut niveau, dans trois disciplines (natation, basket et rugby). Mais sur un fauteuil et sans mains c’est un exploit renouvelé à chaque match ! Un accident prénatal, avec des malformations irréversibles, a décidé de son destin. Un moral d’acier, un humour corrosif, une joie de vivre, oui Ryadh Sallem a conquis les nombreux salariés du Crédit Agricole technologies et services venus l’écouter et comprendre.

Quel est le message que vous délivrez ?

Je parle de la façon de travailler ensemble, de la manière de dissoudre les préjugés pour faire reculer les peurs et la différence. C’est important de rencontrer les collaborateurs dans les entreprises pour apporter des réponses à leurs questions car souvent, face à une personne en situation de handicap, ils ont peur de mal faire, ils ne savent pas comment faire, et ces interrogations créent une distance. Car si on vous regarde comme un pauvre handicapé, on souffre.

Le film Intouchables a-t-il contribué à changer les choses ?

Oui c’est évident, ce film a aidé à ce que les handicapés soient pris en compte pour ce qu’ils sont. Nous ne sommes d’une espèce humaine différente mais il faut tenir compte de nos spécificités. Nous sommes tous uniques mais certains plus que d’autres.

Qu’est-ce qui vous anime ?

J’aime nos valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité. Mais plutôt que l’égalité, ce qui conviendrait mieux serait le terme équité. Car si nous étions tous pareils il n’y aurait pas besoin de rampes et d’aucun autre aménagement.

Qu’est-ce qui vous a construit ?

Le monde médical et éducatif m’a aidé et le sport m’a sauvé, physiquement et mentalement. Grâce au sport j’ai pu me construire, chercher mes limites, être en paix avec mon corps. J’ai appris que ce n’est pas parce qu’on perd aujourd’hui qu’on ne gagnera pas demain. La douleur et l’échec font partie de la vie mais on peut enclencher un programme de résilience. En sport je suis maître de ma souffrance, je ne la subis plus

On vient de vivre une campagne électorale, il a peu été question de handicap ?

Il y a eu des progrès, quelques projets aussi, mais les médias ne se sont pas attardés sur ce thème. C’est regrettable car ce qui fait la force d’un pays c’est la solidarité avec les plus vulnérables. Ce qu’on demande à un élu c’est de s’occuper en priorité des gens qui ont des soucis. Alors c’est triste de ne pas prendre ce sujet comme pilier. Il y a tout un travail de pédagogie, d’accompagnement des familles et des personnes. C’est bien de réparer mais il faut des structures, des aides, des associations. On gère le handicap comme exceptionnel alors qu’il n’y a pas plus naturel. La vie peut basculer pour chacun à tout instant car 87 % des gens sont handicapés après un accident de la vie. On est tous des handicapés en sursis.

Quels sont les progrès à faire ?

On touche les gens mais on est encore en retrait sur l’accessibilité. Beaucoup trop d’enfants partent encore à l’étranger pour trouver de meilleures solutions. ça ne fait pas grandir notre pays. En traitant le sujet du handicap, on traite aussi celui de Monsieur et Madame tout le monde car on doit aussi pouvoir vieillir en autonomie. Les gens adorent diviser mais je pense qu’il faut rassembler car les moyens d’agir ne sont pas dans la main d’une seule personne. il faut que les politiques, les institutionnels, les chefs d’entreprise, les religieux, les syndicats, les gens de la société civile agissent ensemble. Si on considère qu’on est républicain, chaque citoyen doit pouvoir accéder à sa place.

La politique vous tente ?

Oui, je m’embarque en politique pour les législatives*. Le député a un vrai pouvoir pour faire avancer la cause que je défends. Ma première mission serait de rendre l’Assemblée nationale accessible aux handicapés. Pourquoi ceux qui votent les lois ne se les appliquent-ils pas ? Je ne marche pas mais j’avance.

Vous gérez des associations, une entreprise ?

J’ai fondé l’association Capsaaa (art, aventure, amitié) afin d’intégrer les personnes handicapées dans la société, je suis aussi très impliqué dans la lutte contre les discriminations et je gère une entreprise adaptée solidaire où 80 % de mes collaborateurs sont handicapés. Mais handicapé, ce n’est pas mon métier ai-je l’habitude de dire car certains chefs d’entreprise n’embauchent que pour satifaire au quota*. Moi je suis allé à fond dans le handicap pour qu’il ne fasse plus peur.

Quel est votre combat actuel ?

Je me bats pour la candidature de Paris au Jeux Olympiques de 2024. Je prépare aussi les qualifications aux championnats d’Europe de rugby fin juin avec les All Blacks et les championnats du monde en 2018 en Australie. Je suis valide mais ça ne se voit pas !

*Ryadh Sallem, est pressenti pour se présenter aux législatives dans la 10e circonscription de Paris sous la bannière PS

*La loi demande un quota minimum de 6 % de personnes en situation de handicap dans les entreprises. La caisse régionale du Crédit Agricole en compte 5, %